Yvon le Maho

« Les animaux comme modèles pour la compréhension des mécanismes d’adaptation au jeûne »

Par Yvon Le Maho, Directeur de recherche CNRS de classe exceptionnelle émérite. Membre de l’Académie des Sciences. Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien. CNRS/Université de Strasbourg. Centre Scientifique de Monaco.

Dans leur milieu naturel, de nombreux animaux jeûnent spontanément pour muer, se reproduire, migrer ou hiverner et apparemment sans risque pour leur survie. Ces périodes de jeûne peuvent être partielles, et être ainsi assimilables à des régimes très basse-calorie, ou bien correspondre à un jeûne total. Elles nous apparaissent extrêmes pour les animaux par l’importance de la perte de leurs réserves corporelles lipidiques et protéiques. Elles sont précédées par une accumulation de ces réserves qui peut être considérable, sans pour autant qu’apparaissent les signes pathologiques habituellement associés à l’obésité chez l’homme.

Une série de travaux scientifiques au cours de ces dernières décennies nous ont permis de tirer des enseignements de ce jeûne. Il est induit par une anorexie et la diminution de la masse corporelle est un processus régulé lorsque l’animal continue à s’alimenter sur un régime très basse-calorie. Les mécanismes d’adaptation qui se mettent en place au cours d’un jeûne total chez les mammifères et les oiseaux sont identiques à ceux observés chez l’homme, ce qui montre que l’adaptation à un jeûne prolongé s’est mise en place très tôt dans l’évolution. Enfin, un mécanisme interne induit la réalimentation de l’animal lorsque la déplétion de ses réserves corporelles atteint un niveau critique mais encore réversible, assurant ainsi sa réalimentation avant qu’il ne soit trop tard.

 

Yvon le Maho est un éco-physiologiste français, directeur de recherche au CNRS à l'université de Strasbourg. Il est membre de l'Académie des Sciences. Il a été impliqué dans le Grenelle de l'environnement et a rédigé un rapport concernant le maïs OGM dans lequel il exprime clairement son opposition aux OGM, s'appuyant notamment sur les travaux de Gilles-Éric Séralini et de Corinne Lepage de la fondation CRII-GEN.

Les recherches d'Yvon Le Maho ont pour principal objectif de comprendre comment les animaux font face à de sévères conditions climatiques et/ou à une diminution de leurs ressources alimentaires pour assurer leur survie et se reproduire. Au plan national et international, l’originalité de cette approche est liée au fait qu’en retour Yvon Le Maho cherche à mettre en évidence des mécanismes adaptatifs qu’il aurait été difficile, voire impossible, à découvrir chez l’animal de laboratoire. Ses travaux et ceux de ses collaborateurs ont porté sur les mécanismes par lesquels la formation de “tortues” chez le manchot empereur est l’élément décisif qui leur permet de mener à bien le long jeûne de 4 mois qui conditionne le succès de leur incubation dans des conditions qu’aucun autre animal ne subit au cœur de l’hiver antarctique.